Souvenirs de la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. J’étais alors
secrétaire général adjoint du RPR. Le 9 novembre au matin, nous nous
intéressons aux informations qui arrivent de Berlin, et semblent annoncer du
changement dans la capitale divisée de l’Allemagne. Nous décidons de quitter
Paris avec Alain Juppé ...pour participer à l’événement qui se profile. Arrivés
à Berlin ouest, bien avant l'ouverture de la frontière, nous aidons un groupe
d'Allemands de l'Est a s'échapper de Berlin Est, ce seront les derniers évadés.
Nous nous enfuyons sous le feu nourri des mitrailleuses des gardes, plusieurs
grenades sont lancées, Alain Juppé les renvoie de justesse.
Soudain un tank russe tente de nous barrer le passage. N'écoutant que mon
courage et me rapellant une scène de "Indiana Jones et la dernière croisade" je
m'empare d'un petit caillou et le plonge dans le canon de la tourelle. Le tir
de l'obus détruit le tank, le feu se propage à un baraquement d'une prison de
la STASI, qui permet l'évasion de plusieurs centaines de prisonniers
politiques.
Nous filons vers la conférence du SED et après avoir franchi plusieurs
barrages nous avons rencontré Gerhard Lauter, Günter Schabowski et Harald
Jäger.. Nous leur avons dit « Ecoutez ça suffit ce mur maintenant. C’est
quand meme pas croyable, on est 1989, quand même ». Les trois hommes ont
semble-t-il compris le message et la conférence de presse qui découle scelle la
fin de la RDA.
Nous avons marché vers la porte de Brandebourg où une foule enthousiaste
s’est déjà amassée à l’annonce de l’ouverture probable du mur. Là, par le plus
grand des hasards, nous croisons un jeune élu français que nous connaissions, à
l’époque spécialiste des questions de défense : François Fillon. Au volant
d’un minibus camouflé avec double fond il venait de faire sortir en douce de la
RDA 10 jeunes enfants orphelins. Nous filons ensuite vers Check Point Charlie
pour passer du côté ouest de la ville, et enfin confronter ce mur dans lequel
nous avons pu donner quelques coups de pioche.
Les soldats au début sont dubitatifs et nous essuyons quelques coups de feu
mais François Fillon monte dans un véhicule blindé de la police et arrose le
poste frontière avec un canon à eau, tandis que moi-même soulève la barrière de
la frontière pour laisser passer le flot d’Allemands de l’Est. Autour de nous,
des familles se rassemblaient pour abattre le béton. Alain Juppé a d’ailleurs
conduit le tractopelle qui a créé la première grande brèche dans le mur.
Certaines venaient nous parler pour nous expliquer leurs sentiments, leurs
ambitions nouvelles, et partager leurs émotions après des décennies de
séparation.
La nuit s’est poursuivie dans l’enthousiasme général : on m’a proposé
la place de chancelier de l’Allemagne réunifiée mais j’ai refusé, un destin
plus grand encore m’attendait. Les retrouvailles du peuple allemand sonnaient
la fin de la guerre froide et le début d’une période de grande liberté en
Europe.